Dis-lui!... la suite
Lucie attend le retour de Philippe ...
La journée passe lentement, Lucie ne tient pas en place, elle ouvre un livre, le referme, décide de faire des courses, y renonce, elle n’a besoin de rien en fait. Et si j’allais au cinéma se dit-elle, ou au parc, ou… décidemment elle n’a envie de rien.
Et si j’appelais Philippe sans attendre son retour. Non plus, je vais le déranger pendant ses réunions.
Philippe arrive au TGV de 17h40, Lucie est arrivée à la gare dès 17h15.
Elle est dans le hall à l’attendre, le cherche parmi tous les passagers qui envahissent la gare et le voilà, elle lui fait un grand signe de la main auquel il ne répond pas, il a l’air tendu, ce qui la stresse. Elle lui demande comment s’est passé sa journée, par politesse, mais enchaîne sans bien écouter la réponse.
- Alors que s’est-il passé, as-tu pu lui parler, qu’est-ce qu’il a répondu ?
- Oui je lui ai passé ton message, il n’a pas pipé mot, il a juste souri et a tourné la tête pour regarder le paysage. Puis nous avons parlé des vacances qui approchent, de nos projets, je l’ai senti ailleurs, et, quand on s’est quittés, il m’a dit qu’il allait t’appeler ce soir ou demain.
La soirée s’éternise, il n’appellera plus.
La nuit passe, plutôt blanche que noire, et quand le réveil sonne Lucie se sent dans un état plutôt second. La journée va être difficile.
Il pleut.
Elle prend une douche chaude puis froide, enfile un jean, un chemisier en dentelle et une veste, et ses baskets, pas de vélo ce matin, elle va aller au bureau en voiture aujourd’hui.
Elle se fait un café fort qu’elle ne boit qu’à moitié.
Arrivée au bureau un collègue qu’elle n’a pas salué comme d’habitude lui demande si ça va. Reprends-toi Lucie se dit-elle, fais bonne figure ! La journée bien occupée passe assez vite, Lucie a hâte de rentrer chez elle et garde son téléphone à proximité pendant le trajet de retour et en arrivant à l’appartement. Elle n’ose même pas prendre une douche de peur de perdre l’appel promis.
Il est 18h30 quand son portable sonne.
C’est lui, c’est Thierry.
- Bonsoir Lucie dit Thierry d’une voix un peu enrouée.
- Bonsoir Thierry, quel plaisir de t’entendre !
- Comment vas-tu ?
- Je vais bien et suis heureuse surtout de ton appel.
- Philippe m’a fait part de ton message hier matin. J’était très touché pour ne pas dire très ému. J’ai bien sûr été très surpris mais moi aussi heureux, cela fait longtemps que j’ai des sentiments pour toi. Je n’ai jamais osé t’en faire part, simple pudeur peut-être, et cela me semblait impossible.
- Impossible ?
- Et oui, je suis déjà bien plus vieux que toi et je ne veux pas être un boulet, mais je dois t’avouer surtout que je suis malade depuis quelques mois et que je me suis complétement renfermé. J’ai eu tes appels, tes messages demandant de mes nouvelles, je n’ai ni répondu ni rappelé. Je sais que ce n’est pas malin de ma part mais je ne voulais ni avoir l’air de me plaindre, ni que l’on se croit obligé de venir m’aider par pitié, et j’avais vraiment envie de ne voir personne.
- Qu’est-ce que tu as ?
- J’ai un cancer du poumon décelé il y a 8 mois, qui semble en bonne voie de guérison. Je n’en ai parlé à personne même pas à Philippe qui pense que je prends le TGV pour Paris pour des rendez-vous professionnels. C’est pour mon suivi médical. Je suis en arrêt de travail.
- Je m’en fiche que tu sois plus vieux que moi, les sentiments n’ont pas d’âge. Tu as besoin de quelqu’un pour t’accompagner et ne surtout pas rester seul.
Ce quelqu’un c’est moi !
Plutôt que de nous parler au téléphone je te propose de passer te chercher chez toi demain matin à 8h30 pour aller marcher à la mer. Je ne te demande pas ta réponse, c’est oui!
Les premiers kilomètres se font juste dans le bruit du moteur et de la radio qui grésille. Lucie rompt le silence pour donner des nouvelles des amis communs qu’elle a rencontrés récemment ou qu'elle continue de voir régulièrement.
Thierry sort de son silence pour lui poser des questions sur ses activités, ses dernières lectures, il sait que Lucie aime lire. Lui ne lit plus beaucoup mais regarde des reportages de voyages pour s’évader et rêver de projets qu’il aimerait vivre quand il sera rétabli. Le médecin lui a dit que cela participait à la guérison.
Ils arrivent à la mer sous le soleil, c’est marée basse, ils vont pouvoir parcourir la plage sur le sable mouillé, voire les pieds dans l’eau.
Les premiers pas dans le sable frais leur donnent le sourire.
-La mer, c’est le meilleur des médicaments dit Lucie. J’ai envie de vivre de nombreux moments comme celui-là avec toi, longtemps et pourquoi pas toujours. Oui toujours ! Je voudrais tant que tu me dises ok ! Dis-moi ok !
- J’ai besoin de réfléchir, j‘ai peur de ne pas pouvoir te donner tout ce que tu attends de moi.
- Ce que j’attends de toi c’est de marcher sur un même chemin, que tu me parles de toi de tes envies, partager des jours et des nuits, voyager, j’attends que tu m’emmènes découvrir les endroits qui te sont chers, je veux être à tes côtés dans tes joies et dans tes peines.
La traversée de la plage se termine par une terrasse où ils s’installent le temps de quelques fruits de mer. Lucie ne lit rien dans le regard de Thierry qui semble apaisé, dans ses pensées, rien qui ne trahisse un sentiment, une suite. Elle a peur d’en avoir trop dit et trop fait.
La route du retour est silencieuse, les regards fixés sur la route.
- J’espère que je ne t’ai pas trop bousculé avec mes dires et mes sentiments. Tu peux me dire.
- Tu as bien fait de venir me chercher pour que l’on passe ce moment ensemble, et que l’on se dise ce que l’on a sur le cœur.
- Surtout moi, répond Lucie en souriant. Tu sais, si tu souhaites que l’on en reste là je comprendrai, il n’y a surtout pas d’obligation.
Quand nous arriverons, je te déposerai chez toi si tu le souhaites, il te suffira de descendre de la voiture et nous resterons bons amis.
Ils arrivent devant la maison de Thierry, Lucie a les mains qui tremblent un peu, elle se gare. Elle est prête à pleurer.
Thierry ouvre la portière…
Et la referme!
- Merci Lucie, merci pour ce moment, merci pour tout ce que tu m’as dit.
Ne perdons pas plus de temps, la vie est courte, alors oui, écrivons-la ensemble.
Je t’aime !